Bords de Marne
Lagny-sur-Marne, Seine-et-Marne, France
La simple vue des arbres possède un effet tranquillisant qui me surprend à chaque fois. Négligemment installés sur des fauteuils inclinés, les pieds dans le gazon bien entretenu, nous faisons face à l’orée d’un bois à la profondeur inconnue.
Tiens, le clocher le plus proche, invisible à nos yeux, nous fait parvenir son message qui vient remplir l’air calme jusque-là usage exclusif des oiseaux environnants et du groupe de visiteurs qui discutent derrière nous. Eux aussi sont invisibles, les oiseaux, comme le vent qui pourtant fait danser doucement les feuilles là-haut.
Il fait bon, mais on percevrait presque les premiers signes de l’automne qui s’approche. Quelque chose dans le fond de l’air, ou dans la couleur des feuilles, justement.
Tout est calme.
Une araignée brune explore mon genou comme s’il s’agissait d’une contrée entière. Elle n’a pas l’air pressée, tout comme le papillon blanc qui virevolte autour de nous. Quelques oiseaux font leur apparition, on dirait des perruches.
Si l’on fixe le paysage, on peut commencer à distinguer des éléments auparavant masqués : des particules en mouvement, des toiles d’araignée trahies par un reflet. Mon aventurière a d’ailleurs quitté le tissu de mon pantalon en un saut spectaculaire pour prendre refuge sur la casquette de ma chère et tendre, assise à un mètre de là. Quelle athlète !
La forêt qui nous surveille est impénétrable, du moins visuellement. J’ai beau sonder la partie qu’elle me laisse voir, tout ce qui m’est permis de constater sont de rares ouvertures d’un vert plus clair, victoires éphémères de l’astre sur le sombre sous-bois.
Ma plume couleur or subit le même sort,
et projette sur le papier son ombre de clarté.
