En train
Quelque part entre Paris et Rennes, France
J’adore prendre le train. Je me sens bien dans les fauteuils molletonnés, bercé par le roulis et le paysage qui défile.
Je suis actuellement assis à une rangée unique qui borde une succession de mini salons de quatre places. Il est dix-huit heures trente, il fait beau.
On chuchote autour de moi, aucun enfant ne hurle. Nous venons de faire un arrêt au Mans : je vois les voyageurs sur le quai qui s’empressent de rallier la gare.
Ce qui me plaît particulièrement en train, c’est la potentialité du voyage. J’ai beau savoir où et quand nous arriverons, je vis le trajet avec ce sentiment d’excitation qui précède l’aventure.
Tiens, c’est joli le Mans, enfin vu depuis les rails. Je passe à toute vitesse à côté des banlieues pavillonnaires. On est un peu voyeur en train, là où la route reste pudique et les airs bien déserts. Ici un champ avec des vaches, juste après une forêt, partout des poteaux qui s’enchaînent.
Le train ça va vite bien sûr, mais le train c’est lent aussi. Ça ouvre un espace-temps spécial où l’on peut le prendre, le temps. Lire, travailler (ou pas), révasser, discuter, écrire, on a le choix en train. Mes voisins endormis offrent un paisible spectacle qui contraste avec la course effrénée du tableau à ma fenêtre.
Finalement, le train ce n’est pas tout à fait un lieu à part entière, ni une simple étape du voyage. C’est un espace mental qui s’ouvre à ceux qui savent en apprécier l’éphémère beauté.
